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TÉMOIGNAGE - EXPO Rue Sainte-Catherine

 

POURQUOI J’EXPOSE MES OEUVRES DANS LA RUE.

L’art est bon en soi pour qui le pratique.
Que l’on soit chevronné ou débutant, que l’on soit artiste ou spectateur, l’aventure des arts visuels est magnifique pour tous. Dans l’intimité.

Montrer une œuvre, c’est exposer notre point de vue sur l’art, sur le monde et sur soi. Avec nos acquis et nos limites. Voir c’est donc aussi être vu. Montrer, c’est basculer de l’art vers la culture. Terrain risqué pour les artistes.

Pour la culture, l’art n’est pas toujours bon.
Peut-on exposer publiquement ses considérations intimes puis rentrer chez soi indemne? En société, aussitôt qu’une voix s’élève de multiples voix répondent spontanément. De toutes part on accourt. Certains pour participer au concert. D’autres pour y mettre de l’ordre, émettre des ordres.

La foule s’anime : on étudie, discute, critique, compare, rappelle, hiérarchise, sélectionne, classe, modélise, marchande, écrit. Immédiatement nous sommes politisés. Ou policés.

Communiquer est le mot d’ordre. Tâche colossale. Ici, nous sommes loin des arts du silence : Gare à l’ignorance! Gare aux approximations ! Gare à la naïveté! Gare à la vulgarité! Gare à la banalité! Gare à l’incompétence! Gare! Gare! Gare! Susan Boyle, au secours! Combien renoncent à leur droit de regard paralysés sous la pression? Parfois ça sent le Jésuite : Quelle est votre démarche artistique? D’où partez-vous? Où poserez vous votre prochain pas? Et le suivant? Et vous aboutirez à quoi? Que finirez-vous par affirmer?

La culture est un jardin miné pour l’art.

Pourtant, à côté de ce formidable brouhaha des œuvres visuelles naissent dans le silence.

Ceux qui s’y aventurent découvrent les territoires animés de la solitude où tous les discours se réécrivent.

Existe-t-il une discipline artistique personnelle?
Existe-t-il un art dont les adeptes ne sont pas immédiatement mobilisés par le tourbillon culturel? Une pratique où n’importe qui peut exercer son regard dans un long parcours libre de justification? Des œuvres qui ne soient pas d’emblée destinées à être originales, marquantes, primées, payées, historiques, immortelles ou même vues? Existe-t-il un art à échelle intime ?

Si oui, est-ce bon? Est-ce excitant ?

Oui, ça existe. Oui, c’est bon et excitant.

Artistes auto-producteurs
Pour voir cet art se déployer sereinement sur la place publique, il doit passer directement des ateliers d’artistes à la rue, sans intermédiaires et sans la caution des collègues, des critiques, des historiens, des collectionneurs, des marchands, des musées. Il faut que les artistes puissent s’auto-produire à l’aide d’organisations collectives, peu coûteuses, ouvertes aux artistes de toutes expériences, dont l’infrastructure reste légère, plus proche de la fête du village que du concile muséal.

C’est pourquoi je crois que le FIMA est essentiel dans le paysage culturel Montréalais car ce type d’événement y est rare.

Je souhaite que le FIMA dure. Comme artiste, de tous les événements auxquels j’ai participé c’est au FIMA que je me suis senti le plus à ma place.

Jaber Lutfi
www.jaberlutfi.com